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L'ECOLE EST FINIE

Professeur d'espagnol depuis 1988, André Blanco est arrivé à l’N7 il y a 24 ans. En septembre 2022, il prendra sa retraite et comme il se plait à le dire lui-même, il terminera enfin l’école à 62 ans ! Retour sur une carrière riche en enseignements.

 

YaDuDoss : André, ça veut dire quoi être professeur d'espagnol dans une école d'ingénieurs, comme la nôtre ?

 

André Blanco : Ça veut d’abord dire essayer de motiver des étudiants à, soit continuer une langue vivante qu'ils ont entamée avec plus ou moins de brio durant les années collège et lycée, soit donner l'envie à des étudiants d'initier une langue vivante avec des objectifs un petit peu différents. Quand on initie une langue on ne peut pas avoir des objectifs professionnalisants élevés. En revanche, quand on a la possibilité de continuer l'espagnol après cinq ou six ans de collège et de lycée, on peut enclencher une série d'exercices et de mises en situation plus professionnelles. Au lycée ou au collège, on a rarement la possibilité de faire des interviews, des débats, de se mettre en situation, par exemple pour aller chercher un travail, faire des cv etc.

On a aussi la possibilité de s'intéresser à tous les sujets d'actualité, en initiant par exemple des débats entre étudiants ou en faisant interpréter des jeux de rôles. Même si on est là pour que les étudiants acquièrent un certain niveau de langue, on n’a pas de programmes à suivre contrairement à mes collègues du secondaire mais des objectifs à atteindre.

 

YDD : Quel est l'argument principal d’un prof d'espagnol pour arriver à intéresser les étudiants à d'autres langues que l'anglais qui est aujourd’hui omniprésent ?

 

AB : Ce qui est important, c'est que l’étudiant comprenne que la connaissance de l'autre passe aussi par la connaissance de sa langue. Et à partir du moment où on a un minimum de connaissance de la langue, on peut mieux comprendre la personne qui est en face. Je crois que c'est quelque chose qui est fondamental. Et quand on a mis le pied à l'étrier avec une autre langue, on s'aperçoit que cela devient plus facile d’apprendre d’autres langues. Et, même si on n'a pas un très grand niveau, on développe une meilleure sensibilité, une plus grande tolérance et respect envers l'autre.

 

YDD : En 24 ans d’enseignement à l’N7, as-tu vu une évolution dans le comportement des étudiants ? Et si oui, quelle est-elle ?

 

AB : Je suis arrivé à l'école en 1998 et la plus grande évolution c'est l’arrivée des téléphones portables. On a en face de soi une génération qui est maintenant ultra connectée, pour ne pas dire addicte au téléphone. Ça se sent en classe où on a l'impression qu'ils sont tellement habitués à voir des vidéos très courtes que si on n'a pas un discours rapide, efficace et qui les intéresse, on a du mal. Cela devient difficile d'approfondir les sujets. J'ai l'impression que maintenant, on est un petit peu trop dans le superficiel, dans l'immédiateté, dans le consumérisme, aussi bien dans le consumérisme des produits mais aussi des concepts, des idées.

 

YDD : En tant qu’enseignant, qu’elle est ta plus grande fierté ?

 

AB : C'est d'avoir continué à intéresser toute une série d'étudiants à l'Espagnol, compte tenu d’une offre linguistique de plus en plus forte, puisque quand je suis arrivé, il n'y avait pas de chinois, il n'y avait pas de portugais. Donc il a fallu « être en concurrence » avec six autres langues. Mais je pense que c'est une réussite. Depuis maintenant 24 ans, il y a à peu près 21, 22 groupes d'espagnol qui ont persisté. Ma plus grande fierté, c'est ça, c'est d'arriver quand même à faire en sorte que le bouche à oreille ne soit pas trop négatif, au contraire, et que les étudiants continuent à s'intéresser et à s'inscrire en espagnol.

 

YDD : Le 1er septembre tu vas prendre ta retraite, et comme tu le dis si bien, enfin « arrêter l’école ». Tu l'appréhendes comment ?

 

AB : C'est une boutade. Heureusement je n'ai pas passé 24h/24h à l’école depuis 60 ans. Mais quand tu regardes un petit peu les faits, c'est une réalité. Soit j'ai été étudiant, soit surveillant, et pour finir, prof. Mais j’ai quand même eu le temps de m’intéresser à autre chose d’avoir d'autres centres d'intérêt comme la littérature ou le cinéma. De plus, je suis issu d'une culture mixte. J'ai encore beaucoup de famille et d’amis en Espagne, ce qui m'a permis aussi de ne pas rompre avec mes racines et de faire des allers retours régulièrement. Donc beaucoup de voyages en perspective.

 

YDD : Au moment où tu t’apprêtes à quitter l'enseignement, on est face à une crise des vocations et on a des difficultés à trouver des jeunes enseignants. Tu leur dirais quoi pour les convaincre de devenir enseignant ?

 

AB : C’est compliqué car je trouve que le système éducatif public s'est énormément dégradé et pas uniquement au niveau financier mais aussi au niveau pédagogique et relationnel. Donc il faut vraiment une sacrée motivation voire vocation pour s’installer en tant que prof à 23 ans et pour s’imaginer qu'on va faire toute une carrière dans l'enseignement. Toutefois, être prof devant un groupe d'élèves, c'est la chose la plus incroyable qui peut arriver quand ça se passe bien. Et c'est ce qui s'est passé pour moi pendant quasiment 34 ans. J’ai pris un plaisir fou à enseigner à des élèves. Je ne peux que souhaiter ça aux jeunes qui décident de devenir prof : être en face d'étudiants qui aient envie d'être là pour apprendre. A partir de là, je crois qu'on peut trouver son bonheur et heureusement. Aussi j'espère qu'il y en aura beaucoup de futurs enseignants qui pourront s’épanouir dans cette voie.

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